Le blackout de 15 h, l'exception anglaise qui arrange les supporters français - Mercato Foot anglais

Le blackout de 15 h, l’exception anglaise qui arrange les supporters français

Fresque en l'honneur de John Barnes

La Premier League se vend dans le monde entier, et il existe un pays qui s’interdit de la montrer le samedi après-midi : celui qui la produit. La règle date des années soixante et sert à remplir les stades des divisions inférieures anglaises, celles dont la caisse dépend encore de la recette du week-end. Personne, en l’écrivant, n’a pensé une seconde à ce que verrait un abonné à Paris.

Le même match, deux écrans différents

Les droits de diffusion se vendent marché par marché, et chaque contrat emporte avec lui les règles du marché qu’il couvre. Le diffuseur français achète le droit de montrer la Premier League en France, sous le régime français. Son homologue britannique achète le droit de la montrer au Royaume-Uni, sous le régime britannique. Les deux filment le même terrain et obéissent à deux textes différents. Un supporter qui déménage de Lille à Leeds garde son club, sa compétition et ses habitudes, et change pourtant de régime de diffusion.

Reste à savoir comment un service tranche entre les deux. Il ne demande pas de passeport. Cette lecture repose sur deux informations : le pays de facturation du compte et le point par lequel la connexion lui parvient. Le premier est arrêté à l’ouverture du compte, le second change d’un réseau à l’autre : trouvez tous les détails sur ce service VPN ici.

Un abonné qui paie en euros, depuis une connexion française, relève donc du marché français. C’est la seule chose que le service ait besoin d’établir avant d’afficher un match de 16 heures, et elle se règle en une fraction de seconde, bien avant que la page ne finisse de charger.

Une règle née pour remplir les stades

La Premier League l’écrit sur son propre site : les matchs ne sont pas diffusés au Royaume-Uni le samedi entre 14 h 45 et 17 h 15, et l’objectif affiché est de protéger l’affluence et l’ambiance à tous les étages du football anglais, divisions inférieures et non-league comprises.

L’idée remonte aux années 1960. Un match télévisé le samedi après-midi faisait concurrence, à la même heure, à tous les guichets du pays, et ce sont les clubs modestes qui payaient l’addition. Ceux dont l’économie tient encore à la recette du samedi sont exactement ce que la règle protège, à commencer par les enceintes serrées dans le tissu urbain comme Kenilworth Road, à Luton.

La démonstration la plus nette est arrivée bien plus tard, et par accident. Quand la saison 2019-2020 a repris à huis clos, tous les matchs de Premier League ont été diffusés au Royaume-Uni, y compris ceux du samedi entre 14 h 45 et 17 h 15, et cela a duré jusqu’à la fin de la saison suivante. Le public est revenu dans les tribunes en 2021-2022, le blackout est revenu avec lui. Sans spectateurs à compter, la règle avait perdu son objet.

Ce que la France a choisi de protéger à la place

De ce côté-ci de la Manche, le curseur a été placé ailleurs. L’Arcom veille à ce qu’une liste d’événements sportifs qualifiés d’importance majeure reste accessible à tous les téléspectateurs : vingt et un événements, dont l’exclusivité est fermée aux chaînes payantes et dont les chaînes nationales en clair doivent pouvoir obtenir les droits.

Le même régulateur garantit le droit aux brefs extraits. Une chaîne peut rediffuser gratuitement les temps forts d’une compétition qu’elle n’a pas achetée, au titre du droit à l’information, ce qui explique les résumés du samedi soir sur des antennes qui n’ont pas déboursé un euro de droits.

La liste des vingt et un événements protégés se lit d’ailleurs comme un portrait du pays : elle retient les grandes finales et les rendez-vous du calendrier, et laisse le championnat hebdomadaire aux diffuseurs payants.

Deux pays, deux choses jugées dignes de protection. L’Angleterre protège le tourniquet du samedi après-midi. La France protège l’accès à l’écran. Les deux régulateurs ont légiféré en pensant à leur propre public, et le supporter français hérite du meilleur siège par ricochet.

Le service qui affiche le match à 16 heures a simplement conclu qu’il servait le marché français, puis appliqué les règles qui vont avec. La question de savoir si ce marché est le bon ne s’est jamais posée : elle avait été tranchée à l’ouverture du compte.

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